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Le cinéaste Weerasethakul interviewé dans le Monde sur la situation à Bangkok

Publié par L'équipe dans Actualités le dimanche 23 mai 2010 à 17h49

Extrait de l'Interview du réalisateur thailandais Apitchatpong Weerasethakul parue dans le  Monde le 23 mai 2010.
Au festival de Cannes, pour son film Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures, le cinéaste parle de la situation à Bangkok. Son point de vue nous semble intéressant.

Le festival de Cannes vient de lui décerner la Palme d'or ... On saute de joie !!!!!

 

" Etes-vous venu sans encombre ?

J'espérais arriver quelques jours plus tôt. Mon passeport était coincé dans un bâtiment officiel au centre-ville, où il était trop dangereux de se rendre. J'ai obtenu de l'aide de l'ambassade de France, mais au moment où j'arrivais chez eux pour le récupérer, ils venaient de fermer leurs bureaux. Ils m'ont renvoyé vers l'ambassade d'Espagne, qui a fermé à son tour. Le cœur du conflit se propageait minute après minute. Les Espagnols m'ont renvoyé aux Italiens. Depuis la voiture, on voyait des nuages de fumée noire s'élever du sol. A l'ambassade d'Italie, j'ai obtenu mon tampon, et j'ai foncé vers l'aéroport. Le gouvernement venait de décréter un couvre-feu entre 20 heures et 6 heures du matin. J'ai passé la nuit dans un hôtel près de l'aéroport pour être sûr de partir le lendemain.

La situation vous semble-t-elle en voie de s'apaiser ?

Le chef des "chemises rouges" s'est rendu, mais il y a beaucoup de factions. Des bâtiments officiels ont été brûlés. Dans plusieurs villes, la situation est incontrôlable, d'autant que ces "chemises rouges" sont principalement composées d'adolescents, qui carburent à la décharge d'adrénaline.

Nous n'avons jamais connu une telle explosion de violence, mais cela devait arriver. Les inégalités sont énormes. Je suis heureux que les gens aient l'audace d'exprimer leurs besoins. Le gouvernement ne manque pas d'audace non plus pour étouffer leurs voix. Mais avec les blogs, Twitter, Facebook, c'est un peu vain.

Votre film peut-il se rattacher à la situation ?

D'une certaine manière, indirectement, à travers la communauté paysanne, les photos des enfants qui jouent au soldat. Mais pas nécessairement. Je pense avoir fait un film très libre, ouvert. Chacun doit pouvoir l'interpréter selon ce qu'il ressent."

Extrait du journal Le Monde"

 


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